Dans le monde du transport aérien, la stratégie des plaques tournantes est celle qui consiste à concentrer un grand nombre de vols moyens et longs courriers dans un aéroport centre et de l’alimenter en y ajoutant des vols de courte distance qui vont chercher les voyageurs dans les plus petits centres urbains. Cette façon de faire est la pierre angulaire de la stratégie des transporteurs traditionnels, qui y trouvent de nombreux avantages. Pour que cette stratégie soit rentable, il faut un aéroport situé dans un grand centre urbain capable de fournir un volume de base solide et une flotte d’avions de taille variée capable de s’adapter aux différentes routes que comporte cette façon de faire.
Air Transat n’est pas, au sens commercial du terme, un transporteur traditionnel, puisqu’elle n’offre pas de vols à horaires réguliers. En fait, si on ne considère que les activités aériennes de Transat, il s’agit d’un charter qui vend des sièges à des voyagistes (Transat Air Tours). Avec sa flotte d’avions gros porteurs, elle proposait un produit adapté à la clientèle qui voyage pour ses vacances. Puis l’arrivée de SunWing et des B737-800 plus petits configurés en classe sardine l’a forcée à revoir son produit et ses coûts. Air Transat a rapidement décidé d’offrir des produits similaires et compétitifs en ayant recours elle aussi aux B737-800. Mais SunWing a réussi à semer quelques embuches supplémentaires sur la route d’Air Transat. Le cas de l’aéroport de Bagotville en est un bon exemple. S’il s’agit bien d’un aéroport militaire, le terminal commercial, lui, relève des autorités municipales, et bien que cela ne soit pas officiellement reconnu, SunWing se serait négocié une exclusivité pour les destinations soleil les plus rentables au moment de s’y établir. Sinon, comment expliquer que les concurrents de SunWing essuient des refus catégoriques de la part des autorités pour desservir des destinations comme Varadero, Punta Cana et Puerto Vallarta entre autres à partir de Bagotville? Le choix d’Air Transat pour contourner cet obstacle sera donc d’offrir un aller-retour par semaine entre Saguenay et Montréal en B737-800, ce qui permet de présenter une plus grande variété de destinations aux vacanciers qui veulent partir de Bagotville. C’est donc une façon astucieuse de la part d’Air Transat de contourner l’interdiction en utilisant ce que son rival n’a pas.
Le vol hebdomadaire entre Bagotville et Montréal sera aussi disponible pour les voyageurs qui voudront seulement faire l’aller-retour entre ces deux villes. Cela ouvre de nouveaux marchés qu’Air Transat n’avait encore jamais exploités, à la condition que le prix soit compétitif. Une recherche rapide permet de constater que bien qu’il soit possible de trouver quelques aubaines à près de 330$ en planifiant longtemps d’avance, la moyenne des prix pour l’aller-retour se situe plutôt à 430$. Il n’y a pas de doute qu’un B737-800 rempli à plus de 80% serait plus économique qu’un Dash-8 de 36 passagers. Air Transat n’a toujours pas annoncé à quel prix elle offrirait l’aller-retour Bagotville-Montréal, car elle attend probablement de voir quel sera son succès auprès des vacanciers afin de connaitre le taux d’occupation du vol et le nombre de sièges qui seront disponibles pour les voyageurs qui voudront juste faire un aller-retour Bagotville-Montréal.
C’est quand même une nouvelle façon de faire pour Air Transat et si la nouvelle liaison est populaire, il n’est pas impossible qu’il y en ait d’autres. Notons que Rouyn-Noranda-Montréal sera aussi offert de la même manière.
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