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Entrée en service du C Series : comment éviter les écueils (2e partie - la MEL)

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La liste minimale d’équipement (MEL) est peu connue en dehors des gens de l’industrie. Pourtant, elle joue un rôle essentiel dans le bon déroulement des vols commerciaux. Sa complexité fait en sorte qu’il y a maintenant des personnes qui se spécialisent dans la gestion et la mise à jour de la liste minimale d’équipement. J’ai donc demandé à Mme Chantal Duchesne, coordonnatrice au contrôle de la qualité de la liste minimale d’équipement chez Sky Service, de m’en faire la définition. Voici la réponse qu’elle m’a donnée :

 

«La liste minimale d’équipement est un manuel obligatoire par Transports Canada pour tout transporteur qui désire effectuer des activités commerciales. Ce manuel complexe mais essentiel est un outil que toutes les compagnies à travers le monde doivent posséder. Chaque pays exige une MEL et les prérequis sont définis par l’aviation civile de chacun (FAA, EASA, Transports Canada, etc.) L’OACI soumet des recommandations standard sur les MEL.

L’objectif principal de la MEL est la sécurité. Il est interdit de poursuivre un vol commercial avec un bris mécanique si la MEL n’autorise pas le vol avec l’élément. Sous certaines conditions, l’avion est en interdiction de voler "Grounder", dans le jargon de l’aviation. Pour cette raison, les transporteurs aériens ont besoin de ce manuel pour continuer de gérer de façon sécuritaire les vols avec équipement défectueux. C’est un outil qui permet d'épargner des coûts et de mener les opérations légalement à terme. Par exemple : il est obligatoire qu’un siège en bon état et sécuritaire soit disponible pour chacun des passagers à bord d’un avion et une interprétation restrictive de ce règlement ferait en sorte qu’un avion serait cloué au sol pour un seul siège défectueux. Mais un siège de passager défectueux n’est pas dangereux en soi pour un vol, à condition que ce siège ne soit pas utilisé. Il doit alors être placardé "Ne pas utiliser" et les membres d’équipage doivent en être avisés. L’avion peut alors décoller malgré le siège défectueux. C’est ce que l’on appelle différer un élément défectueux.

 

La liste minimale d’équipement est produite par l’opérateur aérien. Elle est basée sur plusieurs outils de référence : le TP 9155 de Transports Canada; la MMEL (Master Minimum Equipment List) publiée par Transports Canada et/ou les manufacturiers ou le supplément de Transports Canada; les révisions temporaires de Transports Canada; et les OMP (Operating and Maintenance Procedures) par les manufacturiers. Une MEL de taille standard comporte entre 500 et 800 éléments que l’on peut différer. Les conditions pour différer un élément dépendent de l’utilisation de cet équipement. Le C Series de Bombardier dépasse largement les standards avec ses 1200 éléments. Les manufacturiers publient en moyenne 1 ou 2 révisions des publications par année, ce qui rend ces manuels vivants. Ils ont besoin continuellement de mises à jour. Bien que la rédaction des MEL soit un travail de moine, contribuer à la sécurité des vols est une mission gratifiante et satisfaisante.

La révision de ces manuels doit être effectuée par un groupe de révision qui comprend un rédacteur technique, un réviseur en assurance qualité, un pilote professionnel sur type et un mécanicien approuvé sur le type d’appareil. Par la suite, un groupe d’inspecteurs de Transports Canada, constitué d’un ingénieur mécanique, d’un pilote professionnel et d’un agent de bord, fait l’approbation du manuel.

Et voilà, vous avez une MEL!

Merci et bon vol!»

 

En réalité, la MEL permet de définir de quelle manière un vol peut se dérouler de façon sécuritaire malgré la défectuosité de certains systèmes. Bien entendu, pour certains systèmes critiques, il n’y a aucune possibilité de différer. Avec un avion comme le C Series, qui comporte des milliers de systèmes, il est important de définir la liste des équipements qui ne sont pas essentiels au déroulement sécuritaire du vol et dans quelles conditions cela peut se faire. Mais avec près de 1200 éléments sur cette liste, il devient difficile de la retenir par cœur et surtout de comprendre les interactions entre les systèmes lorsque l’un d’eux est inopérationnel. Puisque la définition et la compréhension de la MEL impliquent autant les compagnies aériennes que les organismes réglementaires, il sera important pour Bombardier d’assurer un suivi serré de chacune des décisions prises en lien avec cette liste.

 

Avec les appareils de nouvelle génération, la complexité de la MEL va aller en augmentant. Puisque le C Series est le premier avion de sa génération et qu’il est à l’avant-garde, Bombardier doit s’assurer que ses clients auront assimilé sa complexité. Enfin, je termine en disant merci à Chantal pour sa réponse plus que complète, moi qui m’attendais à une phrase ou deux.

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