Avant l’arrivée du Challenger de Canadair, l’industrie aéronautique québécoise se voyait confinée dans un rôle de figurant que lui accordait son statut de sous-traitant. Puis avec la construction du Challenger et de versions plus grosses, Bombardier est devenue un important donneur d’ouvrage, ce qui a permis à l’industrie aéronautique locale de se développer beaucoup plus rapidement. Refuser de soutenir Bombardier dans ses efforts pour conquérir le monde, c’est accepter que cette grande entreprise devienne à moyen terme une filiale d’un des deux géants de l’industrie aéronautique. Si vous pensez que c’est une solution viable, je vous rappelle que, de 1986 à 1992, la compagnie de Havilland de Toronto était la propriété de Boeing. Durant cette période, Boeing a trouvé le moyen d’interrompre la production du Twin Otter et du Dash-7, qui étaient pourtant populaires. Après à peine six ans, de Havilland était pratiquement au bord de la faillite quand Bombardier en a fait l’acquisition. Pour moi, il ne fait pas de doute que si Boeing ou Airbus réussissait à mettre la main sur une partie ou la totalité de Bombardier Aéronautique, cette dernière subirait le même sort que Boeing a réservé à de Havilland.
Au début des années 60, les décisions inspirées par les fortes personnalités de Jean Lesage, Robert Bourrassa, Jacques Parizeau et René Lévesque ont permis au Québec de faire de grandes avancées. Imaginez un instant si un groupe d’ingénieurs en aéronautique québécoise de l’époque avait mis au point un avion capable de compétitionner le DC-8 et le Boeing 707. Pensez-vous que ces quatre personnages auraient dit que le projet était trop gros, que c’était impossible de détrôner d’aussi grosses compagnies et que, de toute façon, le Québec était beaucoup trop petit et qu’il n’y arriverait pas avec ses faibles moyens? Si entendre encore ce genre d’argument en 2015 m’attriste beaucoup, cela me prouve qu’il y a encore des choses à prouver et des défis à relever.
Pour moi, refuser de soutenir Bombardier veut dire que l’on est prêts à se contenter de notre rôle de porteur d’eau et que nous refusons notre place en tant que meneur et preneur de décision. Refuser de soutenir le C Series et Bombardier, c’est refuser de croire que nous sommes capables. Refuser ce soutien à Bombardier, c’est condamner toute l’industrie aéronautique d’ici à un rôle de sous-traitant. En appuyant le C Series, le Québec entier se place derrière un avion techniquement capable de faire la compétition à Boeing et Airbus. Je ne pense pas que cela sera chose facile, mais je pense que cela est faisable et surtout souhaitable. Tous les pays industrialisés ont un symbole fort qui les représente : Toyota, Boeing, Volkswagen, Rolls-Royce et Bombardier… Les grands pays industrialisés encouragent leurs symboles nationaux. Je vous citerai l’exemple de Volkswagen. Malgré toutes les erreurs commises par la direction de cette entreprise et qui ont été révélées l’an dernier, croyez-vous que le gouvernement et le peuple allemand songeraient un instant à laisser tomber ce symbole national? La réponse est non, car il en va de la fierté du peuple allemand. Avons-nous, nous aussi, assez de fierté pour soutenir Bombardier et le C Series?
Nous sommes présentement en train d’écrire une partie de l’histoire du Québec. Si nous choisissons de ne pas appuyer Bombardier et le C Series jusqu’au bout et qu'elle échoue, dans les trente à quarante prochaines années, à chaque fois qu’une entreprise d’ici voudra concurrencer les plus grands et les meilleurs, elle se fera servir l’exemple de Bombardier. Par contre, si nous choisissons d'encourager Bombardier et le C Series jusqu’au bout et qu'elle réussie, dans les trente à quarante prochaines années, à chaque fois qu’une entreprise d’ici voudra concurrencer les plus grands et les meilleurs, elle se fera servir l’exemple de Bombardier. Vous, quelle histoire souhaitez-vous raconter à vos enfants et petits-enfants?
Au stade de développement où est rendu le C Series, son avenir n’est plus qu’une question de volonté : volonté des dirigeants de Bombardier, volonté des élus et volonté du peuple québécois de le seconder jusqu’au succès. Le sort du C Series repose donc maintenant sur notre volonté.
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